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La voiture cahote sur quelques mètres, son ronflement diminue, puis tout s’arrête. Marie, assise à côté de moi, laisse échapper un petit cri. Les secondes qui suivent sont celles du silence. Et les secondes qui suivent encore, celles de la forêt. Elle nous chante, elle nous parle et peu à peu, sa vie vient s’immiscer dans la voiture. Elle nous accueille. Elle me glace le sang.

Illustration : Dark Forest, Roman Schurte, CC0 1.0

Le jour, Stéphane Meyer travaille dans le cinéma en tant qu’assistant de direction. La nuit, il développe de multiples projets d’écritures et s’essaye à la nouvelle. Il nous a soumis son court texte Moi, la forêt et nous avons été séduit par son caractère incisif, efficace et véritablement décalé. En très peu de mots, il tisse une ambiance bizarre, un road trip avorté, avant de nous emporter, à travers la description des relations entre les personnages, dans une direction surprenante. Stéphane nourrit un goût particulier pour le fantastique, la science-fiction et l’absurde, et nous prouve qu’il a les moyens de se faire une place, quelque part entre les genres.

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Avez-vous réfléchi à ce que vous ferez si vous n’êtes pas jugée apte à embarquer pour cette mission ? Plusieurs reportages ont démontré combien il est difficile pour les navigants réformés de se réintégrer dans la société ; les femmes, en particulier, sont souvent traitées en parias. En tant que femme, justement, que ressentez-vous à l’idée que la procédure Kushnev vous rendra définitivement stérile ?

Illustration : space shuttle program, San Diego Air and Space Museum Archive

Editée en France depuis peu par les éditions Tristram, Nina Allan publie des nouvelles dans les revues anglophones depuis une quinzaine d’années. Adepte des structures littéraires non linéaires, elle crée des liens entre ses textes et ses recueils forment un tout supérieur à la somme des récits les composant. Son premier recueil traduit, Complications, a gagné le Grand Prix de l’Imaginaire 2014, catégorie nouvelle étrangère.


A l’assaut du ciel, paru dans la revue anglaise Interzone en 2010, fut sélectionné pour les British Science Fiction Award ainsi que par l’éditeur américain Gardner Dozois pour son anthologie annuelle Year’s Best SF. Ce récit intimiste autour de deux femmes mêle post-humanisme et relations affectives : alors que l’une perd son humanité pour voyager, l’autre, à travers cet amour platonique, renoue avec son histoire familiale. Deux caractères forts pour un texte particulièrement poignant.

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Elsa m’a demandé si j’avais une règle. Je venais de jouir, allongé sur elle, le nez dans son cou. Je devais avoir les yeux fermés, je n’ai pas compris ce qu’elle voulait. T’as une règle ou pas ? Je n’ai pas bronché. Vacillant de plaisir, engourdi entre ses cuisses, nos sueurs se mêlant. Elle a insisté. J’ai répondu Mais non t’as pas tes règles ! Et elle m’a repoussé. Je n’aime pas ça, qu’elle me brusque après le sexe. J’aime la langueur de l’assouvissement, la paralysie du plaisir fuyant. Je te dis que j’ai besoin d’une règle ! Interloqué j’ai répété Une règle ? Pour quoi faire ? Elle m’a répondu qu’elle avait un grain de beauté bizarre sur le ventre, qu’elle voulait le mesurer.

Illustration : Vassily Kandinsky, tache rouge II, 1921.

Etudiante en anthropologie et passionnée de littérature, Fanny Charrasse écrit des romans aussi bien que des nouvelles et cherche, inlassablement, à travailler son style. C’est ici sa première publication et nous sommes convaincus que d’autres suivront, parce qu’elle vit par les textes, à travers leurs personnages, qu’il s’agisse des siens ou de ceux d’autres écrivains.


Son récit Chronique d’une croissance est l’occasion pour elle de montrer une certaine complicité entre ses problématiques et celles de Philip K. Dick ; le narrateur éprouve des doutes quant à la réalité qui s’offre à lui et mène une enquête dans l’espoir de faire la part des choses entre le réel et le fantasmé. Mais son enquête ne participe-t-elle pas déjà à la construction de la réalité ? La force de ce texte réside non seulement dans les questionnements, mais aussi dans le travail du verbe.

Il aura fallu un an et demi pour que ce dixième numéro aboutisse à la publication. Au cours de cette période, l’équipe d’Angle Mort s’est recomposée. S’occuper d’une revue est un travail qui nécessite de la coordination et de la méthode, mais celles-ci ne s’improvisent pas ; elles réclament un apprentissage, une adaptation des uns par […]

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