Hier, nous avons mangé le roi. Nous l’avons trouvé nu au retour de la pêche, endormi et lourd. Nous l’avons trouvé allongé sur le dos, la bite à l’air. Nous l’avons trouvé repu de nos réserves et comblé de nos femmes. Le roi avait des tatouages sur les bras, les épaules et la largeur du torse : des reptiles, des boulons, une locomotive bleu sang, et il bavait un peu, il était saoul.
La nuit est entrée avec nous dans les appartements du roi, elle était de velours et d’eaux secrètes. Dans le creux des coussins, les yeux de nos épouses, comme ceux de grands oiseaux, nous voyaient poser les sacs, la manne, les vivres du royaume et le roi s’étranglait de sommeil en remâchant sa langue.
Léo Henry fait partie de ces auteurs que la rédaction d’Angle Mort affectionne. À travers sa puissance d’évocation, son style et son indéniable originalité, chacun de ses textes procure une expérience de lecture autre, à la fois différente et résolument cohérente avec l’ensemble de son œuvre.
Dans Down There By The Train (titre d’une chanson de Tom Waits écrite pour Johnny Cash, on ne fait pas dans la muzak, chez Henry), il nous offre la vision d’un monde post-apocalyptique et pétri d’une portée mythologique qui offre sa force au texte. Encore un trip à la Henry. Ici, on en redemande.



